Sur les pas de Guillaume l'Iroquois... huitième épisode...

Publié le par Olga Forest

Premiers chapitres en cours de remaniement. Merci de votre indulgence.... à très bientôt...  en attendant si vous ne l'avez pas encore lus ou si vous avez envie de les relire vous pouvez  embarquer pour les deux premiers tomes....                  

 

Vers le premier Tome " La traversée du Don de Dieu"


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préface                                                                                     page précédente


- Notre petite Isabelle va partir chez Marie avec son ami le Chat, dit M. de Champlain et vous pourrez enfin, mon cher Jean vous rendre dans le Saguenay. Je vous conseille de rester quelques jours au village montagnais, pour mieux préparer une éventuelle expédition. Vous en profiterez pour tenter d’en savoir plus sur la disparition de M. Hébertet, le père d’Isabelle, et sur Guillaume de Carabas…

- Je vous promets de me montrer digne de votre confiance, répondit Jean très ému.

- Vous allez devoir gagner celle des Montagnais , dit M. de Champlain. Ils savent tout ce qui se passe dans le pays. S’ils vous adoptent, ils vous confieront peut-être certains secrets. A ce propos, j’ai fait porter un courrier à mon ami l’abbé Francois. Après l’assassinat de ce pauvre Jacques Meunier, le coureur des bois, il m’avait proposé son aide. Je lui ai donc demandé de venir vous rejoindre. Il a su se faire estimer des différentes tribus indiennes, qui l’utilisent même parfois comme médiateur. Il vous sera d’un précieux secours. Si vous devez remontez vers le nord, vous découvrirez peut-être des contrées inexplorées, où les autochtones ont toujours refusé de m’emmener sous toutes sortes de prétextes. Je vous demanderai donc de noter tout ce que vous y verrez, vous mettrez ainsi à profit les leçons que je vous ai données.

- Je ferais de mon mieux, mais je n’ai pas vos connaissances, ni vos talents, répondit Jean, modestement.

- Je suis certain que vous allez nous étonner et vous étonner vous-même, avait conclu M. de Champlain avant d'aller se coucher.


Il était reparti pour Québec avec la barque chargée de matériel, dès le lendemain à l'aube, comme d'habitude.


Le Chat était venu lui dire au revoir et le cher Grand Homme avait été touché une fois de plus de l’attachement que « ce délicieux animal » semblait lui porter. I


Il faut dire que le « délicieux animal » en question, avait mal dormi ! Il n’avait pas eu le courage d’avouer à Fleur de Lune ses deux précédents contacts « avec la voix »… Qu’aurait-elle pensé de ces cachôteries ? Il se consola en se disant que la Fée, si c’était elle, trouverait bien le moyen de se manifester à nouveau…


Hélas, la voix ne revint pas, les semaines passèrent et le Chat en conclut qu’ils avaient du rêver, Fleur de Lune et lui… bien qu’il n’en soit pas vraiment persuadé !... Dans l'attente, il profita de ses visites à sa fiancée Uapicuan, pour reprendre sérieusement son enquête sur Guillaume de Carabas.


Uapicuan, comme vous le savez est la cousine de Marie. Elles sont comme des sœurs. Quand Marie est rentrée de France, c’est Uapicuan qui a insisté auprès de son père, le Grand Sagamo Anadabijou, pour qu’on accueille Marie dans la tribu. Mais quand Anadabijou a appris le mariage secret de la jeune femme, avec Guillaume de Carabas, ce fut une autre affaire. Comme je vous l’ai dit, tout se sait ici et le secret n’en fut un que pour les blancs… et encore. La famille montagnaise n’arrivaient pas à comprendre le comportement de Marie. Comment avait-elle pu tomber amoureuse d’un métis d’Iroquois ? Comment avait-elle pu oublier à ce point que son père, ce riche marchand français qui avait épousé la sœur d’Anadabijou, avait été assassiné par ces mêmes Iroquois ? Comment avait-elle pu oublier que sa mère s’était jetée, par désespoir, du haut d’une falaise, après le meurtre?


Pour les anciens Montagnais et plus encore pour la famille de la mère de Marie, cet amour pour Guillaume était une faute et cette faute méritait une punition. Pour eux, il ne saurait être question d’oublier la vengeance, elle seule peut laver l’honneur. C'est alors, une nouvelle fois, Uapicuan qui est venu prévenir sa cousine du danger qui les menaçait elle et son mari.


Après que Marie, ait demandé à Guillaume, pour lui sauver la vie, de partir sans elle vers les territoires iroquois, c’est encore et toujours, Uapicuan qui a proposé à sa cousine de venir vivre auprès d’elle. Mais Marie a refusé.


Un jour, où la jolie couturière était en veine de confidences, elle avait expliqué les raisons de son refus, à Fleur de Lune :

- J’ai été élevée en France et je ne me sens ni blanche, ni indienne, avait-elle avoué. Je suis une métis…

- Moi, je ne vois pas de différence, répondit Fleur de Lune, mes parents m’ont appris que nous sommes tous pareils…

- Tes parents ? avait interrogé Marie, étonnée. Mais je croyais que ta mère était morte à ta naissance et que tu n’avais pas connu ton père ?

Heureusement, Fleur de Lune s’était vite rattrapée :

- Je vous parlais de la famille de ma marraine, Mme de Malor avait-elle précisé.

- Ta famille est  bien différente de la mienne, reconnut Marie, avec admiration. J’aurais aimé les connaître. Tu as beaucoup de chance dans ton malheur, tu as été élevée par des gens tolérants.


La fillette avait pensé, une fois encore, qu’elle devrait plus souvent tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler, comme disait grand-père. Elle avait une foisencore, failli se trahir ! Elle se sentait tellement en confiance avec
Marie... Pourtant, elle ne pouvait pas lui dévoiler qu’elle n’était pas Isabelle, pas plus qu’elle n’avait pu le faire avec Jean ou M. de Champlain. Une fois de plus, Fleur de Lune fut terriblement triste de devoir dans cette aventure, mentir à tous ceux qu’elle aimait… et ce jour-là, elle pleura une fois de plus, en cachette… Elle avait beau savoir que ces longs mois de retour dans le passé, ne représentaient en réalité qu’une nuit de temps humain… elle craignait de ne jamais plus revoir ses parents ?


Pour en revenir au Chat, il avait appris beaucoup de choses sur Guillaume et Marie au cours de ses conversations avec Uapicuan… dont une information très importante, presque capital... Hélas, Uapicuan lui avait demandé de garder le secret le plus absolu à ce sujet ! Il ne put donc pas en parler à Fleur de Lune… 



A Québec, la construction de l’Abitation est presque terminée. Le 15 octobre on a semé le seigle et le 24, on a planté « des vignes du pays » que M. de Champlain a apportées de France. Pour lui, c’est très important, il y porte d’ailleurs, un soin tout particulier.

Les émigrants s’installent dans leur nouvelle vie, chaque jour un peu plus. Ils n’ont pas vu passer le temps, mais hier, 18 novembre, la première neige est tombée. L’hiver a pointé son nez et toute la colonie a admiré L’Abitation, majestueuse sous son manteau blanc. La pointe de Québec a pris des allures de Noël. Mais l’enthousiasme fut de courte durée, la petite colonie profite de ce lieu magique depuis le début de l’été, mais ils craignent tous ce premier hiver en Nouvelle France. Ils ont entendu parlé de ceux qui sont venus avant eux dans ce pays et ils savent que beaucoup d’entre eux sont morts pendant ces interminable saisons froides. Heureusement, M. de Champlain, une fois de plus, a trouvé les mots pour leur redonner courage…


Il a très peu dormi cette nuit, revoyant en pensée les moments heureux et ceux plus difficiles de ces derniers mois. Il a beaucoup pensé à son amie Agathe. La retrouvera-t-on un jour ? Il connait trop bien ce pays pour se faire beaucoup d’illusions à ce sujet. Pourtant il n’a cessé d’encourager Jean dans ses recherches et n’a jamais parlé de ses doutes devant Isabelle, bien au contraire.

A présent, il attend chaque jour avec impatience des nouvelles du Jeune homme…


A suivre…



Que va trouver Jean dans le village montagnais ?

Quel important secret Uapicuan a-t-elle révélé au Chat ?


Vous aurez peut-être la réponse à ces questions dans le prochain épisode, mercredi 26 novembre...





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Vers le premier Tome  de l'Etrange voyage de Fleur de Lune et de ses amis : "La traversée du Don de Dieu"...



préface                                                                                     page précédente


A Québec, en ce 26 du mois de novembre 1608, il ne restait plus rien de la neige qui était tombée en abondance pendant deux jours, la semaine précédente. Il faisait beau et doux. Quelle différence avec Port-Royal. Aucune raison de s’inquiéter et pourtant, ce matin-là, M. de Champlain avait comme un pressentiment. Aussi ne ne fut-il pas vraiment étonné quand le jeune Nicolas Marsolet, tout affolé, vint lui annoncer que le serrurier Antoine Natel était au plus mal :

- J’aurais du l’obliger à se soigner, dit M. de Champlain. Hier, j’ai bien vu qu’il n’était pas comme d’habitude.

- Il n’a sûrement pas voulu vous inquiéter et surtout pas abandonner son travail. Il est allé jusqu’à la limite de ses forces, dit Marsolet qui ne cachait pas son admiration pour Antoine. Mais ce matin, il n’a pas pu se lever.


M. de Champlain suivit le jeune garçon jusqu’à la chambre où se trouvait Natel. De grands cernes noirs entouraient les yeux du pauvre garçon. Il était d’une pâleur cadavérique et tremblait de fièvre. Le chirurgien Bonnerme était à son chevet.

- C’est la dysenterie, dit-il, il n’a pas voulu se soigner à temps.

- Alors, mon garçon, dit M. de Champlain au malade, pourquoi ne pa&s m'avoir dit hier que vous étiez souffrant.

- Vous savez bien qu’il n’a cessé de se punir depuis cette vilaine histoire avec Duval, fit remarquer Bonnerme. Il s’est épuisé et les anguilles mal cuites ont fait le reste.

- Ce n’est pourtant pas faute de faire des recommandations à ce sujet, regretta M. de Champlain.
- Hélas, il n’est pas le seul dysentrique repris le chirurgien, un de nos marins qui  a mangé lui aussi des anguilles, se plaint de maux de ventre et de vomissements. Je leur ai donné à tous deux de l’hypecuana et du guaphalium, ce sont de bonnes médecines.


Soudain, les tremblements d’Antoine se calmèrent et le corps secoué de crampes se détentit. Le visage du malade s’illumina. Il regardait fixement devant lui et semblait écouter quelqu’un qui lui parlait.

- C’est trop gentil, madame, répondit-il au visiteur invisible, mais je ne suis pas digne de tant de bonté.

- Le pauvre garçon délire, dit Bonnerme à mi-voix, je crains que ce soit la fin… ça se termine toujours comme cela.

- On pourrait croire qu’il va mieux au contraire, dit M. de Champlain plein d’espoir,  son visage reprend des couleurs.

- C’est peut-être l’essence de géranium.  Je lui en donné quelques gouttes dans un breuvage juste avant votre arrivée. C’est Mme de Malor qui me l’avait conseillé, dommage qu’elle ne soit pas là, elle ferait peut-être des miracles avec ses petites fioles, comme pendant la tempête,

- Nous n'avons toujours aucune nouvelle d'elle… et pour tout vous dire, j’ai peu d’espoir de la retrouver, répondit tristement M. de Champlain.

- Mais elle est là, murmura Natel, vous ne la voyez pas ?

- Bien sûr que si, répondit M. de Champlain, entrant dans le jeu par compassion.


Les deux hommes s'éloignèrent un peu du malade pour pouvoir parler à leur aise.

- Les médecines de notre chère Agathe semblent agir, même en son absence, dit M. de Champlain, avec un sourire mélé de tristesse. Elles la font apparaître au malade, c'est une façon comme une autre de les aider à supporter leurs douleurs...  C'est peut-être encore plus éfficace que ses fameuses petites fioles. Laissons Antoine à ce moment de grâce et allons rendre visite à ce pauvre marin qui doit attendre notre visite avec impatience.


Quand ils revinrent, ils trouvèrent Antoine Natel détendu. Plus aucun signe de souffrance ne se lisait sur son visage.


Après avoir examiné le malade, Bonnerme prit M. de Champlain à part :

- Le cœur est très faible, mais il n’a plus de crampes, et apparemment cette soif horrible qui le torturait a disparue. Pourtant je le crois mourant.


M. de Champlain resta au chevet du malade toute la nuit. Après avoir dormi un moment, Antoine ouvrit les yeux et dit :

- Où est Mme de Malor ?

- Elle est partie se reposer, mentit M. de Champlain.

- C’est tellement gentil de sa part de s’être déplacée pour un pauvre diable de serrurier comme moi, un traître de surcroit. Je croyais qu’il lui  était arrivé malheur. Mais elle m’a dit qu’elle allait très bien et qu’il ne fallait pas s’inquiéter pour elle. Elle m’a assuré que vous m’aviez pardonné… je n’aurai pas voulu partir avec ce regret… elle m’a promis que tout se passerait bien et qu’elle m’accompagnerait dans le grand voyage que je vais devoir faire. A dire vrai, j’avais un peu peur. Maintenant, je sais qu’elle me tiendra la main… je l’attends…


Se penchant vers Antoine, M. de Champlain le prit dans ses bras comme un enfant et murmura à son oreille :

- Elle a dit vrai,  non seulement je vous ai pardonné, mais je vous suis reconnaissant de votre courage. J’ai eu l’occasion ces derniers mois, d’apprécier votre honnêteté et votre travail, mais je m’en veux de ne pas avoir vu que vous vous tuiez à la tâche.


Ils parlèrent longuement. On aurait pu penser qu’Antoine était sauvé, tant il était calme et reposé. Bien avant  l'aube, la porte de la chambre s’ouvrit et M. de Champlain eut l’impression que quelqu’un le frôlait. Au même instant, le visage de Natel s’illumina de nouveau, puis il dit :

- Il ne faut pas la mettre en retard, elle va me conduire chez le Bon Dieu ! Regardez, elle est belle comme un ange avec son costume de fée.


Il tendit alors la main qui retomba quelques secondes plus tard.  Antoine Natel, serrurier émigrant, après avoir participé à la fondation de Québec, venait de rendre le dernier soupir. L’étrange hâlo de lumière qui avait entouré la scène s’estompa et la pièce retomba dans l’obscurité.


M. de Champlain, curieusement, ne ressentit aucun étonnement face à ce qui venait de se passer. Il était apaisé et heureux, alors qu’il aurait du être triste. Il se mit en prière, sans chercher à comprendre.


Il veilla encore un moment le pauvre garçon et ne parla à personne de ce qui s’était passé. Sans savoir pourquoi, il avait acquis la certitude qu’Agathe était toujours vivante. D’autres que lui aurait conclu que  son fantôme était venu chercher Natel, mais M. de Champlain ne croyait pas aux esprits. Il croyait aux anges, et sans bien s’en rendre compte, il commençait peut-être de croire un peu aux fées !


Il en était là de ses pensées, quand son ami l’abbé François entra dans la chambre.

- Je ne vous attendais pas si tôt dit M. de Champlain. Hélas,  vous arrivez trop tard pour donner à ce brave  Natel, les derniers sacrements.


M. de Champlain ne parla pas à son ami de ce qui venait de se passer. Ce genre de choses se gardent pour soi. Il lui dit simplement que l’homme était mort en paix…

- C’est le principal, qu’aurai-je fait de plus… répondit l’abbé François.


M. de Champlain ne fut pas étonné de ces paroles qui auraient pu paraître hérétiques à beaucoup. Il connaissait le prêtre depuis longtemps et savait qu'il s’était éloigné des règles strictes de  l'Eglise. L’admiration sans borne que l’abbé François avait pour les croyances des Amérindiens ses frères, y avait contribuée pour beaucoup. Même s’il n’était pas toujours d’accord avec lui, M. de Champlain s’était toujours refusé à le juger, cela faisait partie de ses qualités.



On creusa une tombe dans un lopin de terre fraîchement retournée, tout près du bois de noyer où le pauvre Natel aimait aller le soir après son travail, en souvenir de la colombe. Dans l’euphorie de la construction de l’Abitation et du défrichement des terres à cultiver, on avait oublié de prévoir un cimetière. Antoine fut le premier à y reposer, qui lui succèderait ?


A suivre…


Le marin malade va-t-il succomber lui aussi à la dysenterie ?

Qu’est venu faire l’abbé François auprès de M. de Champlain?

Apporte-t-il des nouvelles de Jean et de ses recherches ?

 


Vous aurez peut-être la réponse à vos questions  dans le prochain épisode qui arrivera mercredi 3 décembre....


 neuvième épisode...

Vers le premier Tome  de l'Etrange voyage de Fleur de Lune et de ses amis : "La traversée du Don de Dieu"...

 

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Maître Zen 29/11/2008 18:04

Bonjour et bienvenue dans une de mes communautés!

Amicalement.