Sur les pas de Guillaume l'Iroquois... neuvième épisode...

Publié le par Olga Forest

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Antoine Natel, le serrurier et un marin sont atteint de dysenterie après avoir mangé des anguilles séchées mal cuites. Bonnerme le chirurgien n’a pu sauver Antoine et annonce à M. de Champlain que le brave serrurier est mourant. Dans son délire ce dernier croit voir Mme de Malor, alias la Fée. Il raconte qu’elle est venue le rassurer et l’aider pour son dernier voyage. M. de Champlain fait semblant d’y croire par compassion. Après cette vision Antoine ne semble plus souffrir. M. de Champlain  le veille toute la nuit. Avant l’aube, juste au moment où Antoine rend le dernier soupir, une étrange scène fait penser à M. de Champlain que Mme de Malor est peut-être toujours vivante.  Au matin, l’abbé François arrive inopinément…

Pour enterrer Antoine, on creuse une tombe dans un lopin de terre fraîchement défrichée, près du bois de noyer…


 

 


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Il y eu beaucoup de monde à l’enterrement. Tous les algonquins qui cabanaient dans les parages, sauf les chasseurs de castor qui se trouvaient trop loin pour revenir à temps, avaient tenus à assister à l’enterrement.


Depuis l’arrivée à Québec, des liens s’étaient crées entre les autochtones et les émigrants. Des amitiés s’étaient même nouées. C’était le cas pour Antoine avec un certain Shaush. Ce prénom, aussi curieux que cela puisse paraître signifie : « Georges », en français. Shaush était triste de voir partir son ami, mais il était persuadé qu’il ne pourrait arriver au royaume des Esprits, sans l’aide du chaman. M. de Champlain et l’abbé François donnèrent leur accord.


Antoine Natel fut donc enterré dans cette terre étrangère, accompagné par ceux qui l’habitent depuis la nuit des temps. Les membres de la colonie fraîchement arrivés en Nouvelle France, assistèrent à une bien étrange cérémonie. Un shaman et un prêtre associés pour saluer le départ de leur camarade, chacun à leur manière, malgré leurs croyances si différentes ! Certains, parmi les membres de la petite colonie, en furent choqués, d’autres non, mais tous avaient le cœur serré et eurent bien du mal à cacher leur émotion.


Sur le chemin du retour, M. de Champlain dit à l’abbé François.

- A vous voir ici, si tôt, j’en conclu que vous n’avez pas accompagné Jean dans ses recherches ?

- Il ne me semblait pas raisonnable de partir à l’aventure, sur de vagues présomptions. Mais le pauvre garçon avait si peur de vous décevoir. Il a tenu à remonter vers le nord malgré tout. Par chance, il est bien entouré et cela lui fera voir du pays et puis je peux me tromper… Mais si Maikan est à la base de cet enlèvement nous perdons notre temps.

- Vous le croyez donc invincible, demanda M. de Champlain ?

- C’est plus complexe que cela, répondit l’abbé. Je connais trop les pratiques autochtones en matière de magie pour les sous-estimer. De plus, l’homme est extrêmement intelligent et ne se laissera pas prendre au piège…


Le lendemain matin, le marin atteint de dysenterie mourut à son tour.

- Ca commence mal dit Bonnerme. Je n’aime pas ce sentiment d’impuissance.

- Vous avez fait l’impossible pour le sauver, comme vous l’avez fait pour ce pauvre Natel, le rassura M. de Champlain. Il faut vous ressaisir mon ami, si nous considérons notre aventure à Québec, comme mal partie, nous n’irons pas bien loin.

- Je vous prie de m’excuser, répondit tristement Bonnerme, mais chaque fois qu’un homme meurt et que je n’ai pu le sauver, j’ai tendance à perdre confiance.

- C’est humain, dit M. de Champlain, plein de compassion,

- J’ai entendu dire par les autochtones, que du temps de Jacques Cartier, le Chef Donacona avait fait connaître aux français un moyen de soigner le scorbut, intervint l’abbé François. Il s’agirait d’une décoction faite avec une plante dont, hélas, les autochtones ont perdu le nom. A moins que les Iroquois qui la possédaient, n’en gardent jalousement le secret. Ce serait encore une des conséquences de cette guerre perpétuelle entre nations autochtones. C’est bien dommage !

- Il faudrait peut-être interroger les chamans, dit M. de Champlain, bien qu'ils n’aiment pas donner leurs recettes et encore moins à des Blancs. Mais avant tout, je crois qu’il serait bon aussi de faire attention à ce que mangent les hommes et comment ils cuisent les aliments. Les indiens, avant de partir à la chasse au Castor, nous ont confié un grand nombre de ces anguilles qu’ils ont préparées pour l’hiver. Ils nous ont montré comment faire et nous avons fait pareil avec notre propre pêche.

- Nous avons bien appliqué les préceptes des autochtones, dit Bonerme mais, je suis désolé de devoir le répèter, il eut fallu mieux les cuire.


Bonnerme partit pour donner de nouvelles consignes et l’abbé François dit à M. de Champlain :

- Je dois vous faire une confidence. J’ai fait cette nuit un rêve étrange… un de ces rêves si fortement présent qu’on se demande si c’en est un… Mme de Malor m’est apparue et m’a demandé de cesser les recherches à son sujet. Ces recherches pourrait lui nuire plus que lui rendre service. Elle n’a pas pu m’en dire plus et m’a demandé de faire revenir Jean au plus vite, car il serait en danger.

Avant de venir dans ce pays, je ne portais pas grande attention aux songes, ils peuvent être l’empreinte du diable pour nous autres religieux ! Mais depuis que je vis avec mes frères Wendats, je me suis mis à penser comme eux. Je ne vais pas jusqu’à conclure que tout ce qui me vient la nuit est un présage qui se réalisera un jour, mais j’y réfléchis toujours le lendemain. Cette fois je crois devoir vous mettre en garde. Notre ami Jean est un si bon garçon, vous ne voulez pas le perdre et je crois que la petite Isabelle y est très attachée. Alors, je vous en prie, faites partir un courrier au plus vite, pour le faire revenir. On ne saurait être trop prudent. Les autochtones feront aussi passer le message si vous le leur demandez. Vous savez comme l’information va vite par ce canal.


M. de Champlain se décida alors à raconter ce qui s’était passé la nuit où Natel était mort. Après l’avoir écouté avec beaucoup d’intérêt, l’abbé François dit gravement :

- Vous avez bien fait de m’en parler, je suis maintenant très habitué à des manifestations qui m’auraient effrayées lorsque je vivais en France. Tout ceci m’amène à penser que que Mme de Malor pourrait bien être vivante… Hélas, il me serait bien difficile de défaire le sortilège qui la tient prisonnière, si c’est le cas. Je ne suis pas sorcier, je ne suis qu’un pauvre prêtre, mais comme vous, je crois encore en la prière. Et je crois aussi qu’il faut absolument que Jean rentre au plus vite.



A Tadoussac, Isabelle était parti vivre chez Marie dès le départ de Jean. Le jour de son arrivée, en guise de bienvenue, Shakaikan avait exécuté une danse de fête, une de celles qu’il lui a apprises. La neige tombée la semaine précédente recouvrait encore le jardin de la petite maison. Cela n’avait pas empêché la fillette de rejoindre son ami et ils avaient dansé et sauté une bonne partie de l’après-midi en chantant des chants montagnais.


Fleur de Lune désirait que Marie de lui fasse un costume d’indienne. Mais cette dernière avait longtemps refusé, prétextant qu’une jeune Blanche de la bonne société ne doit pas se « déguiser en sauvage ». Devant l'insistance de la fillette soutenue par Shakaikan, elle avait fini par céder.


Elle lui avait cousu un très joli costume de peau et de fourrure. En revanche, elle lui avait fait promettre de ne pas se promener dans cette tenue dans les rues de Tadoussac.


Marie s’était engagée à remplacer Mme de Malor auprès de la fillette et plus encore pendant l’absence de Jean, elle prenait donc son rôle très au sérieux. La jeune femme a des principes très stricts sur l’éducation. C’est sa grand-mère française qui les lui a donnés. Fleur de Lune trouve Marie, parfois un peu « vieux-jeu » et pense souvent que son 21ème siècle à elle est plus agréable à vivre pour les jeunes. Elle ne comprend pas pourquoi la jeune-femme applique uniquement les principes des blancs, alors qu’elle est métis. ?


Un jour, n’y tenant plus, elle lança à Marie :

- On dirait que tu as honte d’être à moitié indienne !

- Je n’ai pas honte d’être ce que je suis, répondit Marie étonnée de cette réflexion. J’ai été élevée comme une Blanche, tout en ne l’étant qu’à demi, chose qu’on n’a jamais cessé de me faire sentir. Dans ma famille montagnaise, je ne vois que vengeance et haine accumulées par rapport à la mort de mes parents.  Quand je pense à Guillaume je me demande comment sa famille iroquoise le considère, s’il est arrivé à les rejoindre, bien sûr.


Ce jour-là, Fleur de Lune ne sut que répondre…



 

A suivre…


Va-t-on arriver à joindre Jean et à le faire revenir ?

Est-il vraiment en danger ?

De qui la Fée est-elle prisonnière ?

 


Vous aurez peut-être la réponse à vos questions  dans le prochain épisode qui arrivera mercredi 10 décembre....


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Si vous commenciez la lecture aujourd'hui comme les premiers chapitres sont en cours de remaniement, vous ne pourrez retourner au début de ce tome avant quelques jours... Merci de votre indulgence.... à très bientôt... 

En attendant si vous ne les avez pas encore lus ou si vous avez envie de les relire si vous désirez embarquer pour les deux premiers tomes.... suivez le guide

 

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