Sur les pas de Guillaume l'Iroquois... dixième épisode...

Publié le par Olga Forest

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 Il y a beaucoup de monde à l’enterrement d’Antoine Natel. Shaus, son ami amérindien, a tenu à faire venir le chaman, afin qu’Antoine soit bien accueilli au Royaume des Esprits. L’abbé François et M. de Champlain acceptent et les émigrants assistent à une bien étrange cérémonie… un prêtre et un shaman, toutes croyances confondues, vont accompagner l’un de leur camarade dans son dernier voyage ! Sur le chemin du retour l’abbé explique à M. de Champlain pourquoi il n’a pas suivi Jean dans son expédition. Il pense que c’est inutile. Si Maikan a enlevé la Fée, ce n’est pas de cette manière qu’on pourra la délivrer. Le lendemain le marin atteint de dysenterie, meurt à son tour. Le chirurgien Bonnerme est découragé. En secret, l’abbé raconte à M. de Champlain un rêve étrange qu’il a fait la nuit précédente. La Fée lui serait apparue et lui aurait demandé de cesser les recherches, car Jean est en danger. L’abbé croit aux présages… à force de vivre avec les indiens, il a fini par partager certaines de leurs croyances. Il demande qu’on fasse revenir Jean. Pendant ce temps la vie continue pour Fleur de Lune et le Chat qui vivent chez Marie, avec Shakaikan, depuis le départ du jeune officier… La fillette s’étonne que la jeune-femme pense et agisse en tout point comme une blanche, sous prétexte qu’elle a été élevée en France. Aurait-elle honte d’être métis ?


 



                                                                      



Le Chat se plaisait beaucoup chez Marie. C’était plus confortable que le bateau. Le « Don de Dieu » faisait maintenant parti du passé, il avait largué les amarres, avec Pierre Gravé de Pont comme capitaine. Il retournait en France et emmenait les trois complices de Duval. Leur sort dépendait maintenant entièrement de la décision du roi Henri IV.


Le Chat pensait souvent à ses amis marins et à son copain le jeune cuistot. Le jour du départ, ce dernier avait pleuré comme un enfant. Il avait pris le Chat tendrement dans ses bras et lui avait dit :

-« Jamais je ne retrouverai un ami comme toi, jamais ! Je te souhaite bonne chance dans ce pays de sauvages !... »


Ce pauvre cuistot ne s’était pas bien acclimaté en Nouvelle France et il attendait avec impatience de retourner dans sa bonne ville d’Honfleur. Il faut dire qu’il n’avait pas eu souvent l’occasion de rencontrer des autochtones. Il avait eu si peur, le jour de l’arrivée dans le port de Tadoussac, en les voyant, tout barbouillés de rouge et de noir, avec leurs drôles de coiffures ! Il était resté sur cette impression et n’avait jamais voulu en démordre.


Le Chat avait, bien entendu, des moments de nostalgie, mais le il était philosophe. Les séparations font partie de la vie, même si elles sont douloureuses. Cela lui ferait de beaux souvenirs pour plus tard.


Dès son arrivée, il avait sympathisé avec la fameuse chatte rousse dont avait parlé M. de Champlain. Comme on peut s’en douter, la chatte en question ne fut pas insensible au charme de notre ami le Chat, loin de là ! Bien que devenu modeste chat du bord, puis chat de la jeune Fleur de Lune, il avait gardé de ce Chat Botté qu’il était jadis, une bien belle allure. Toujours est-il que la rousse enjôleuse lui lançait à longueur de journée de ces regards or et vert à faire fondre le plus froid des matous !… 


Cela le flattait et mettait un peu de piment dans cette vie trop calme et peut-être même trop douillette. Aurait-il pris goût à la dure vie sur le galion ? Toujours est-il qu’il lui arrivait de regretter son ballot de laine dans la calle et son rouleau de cordage sur le pont, le poisson cru, les rires des marins en bordée et le bruit de la mer contre la coque du vaisseau.

Il n’avait pas cru nécessaire de révéler à son admiratrice, qu’à la vérité, il était un indien Montagnais transformé en chat par quelque maléfice. Il n’avait aucune envie qu’elle se moque de lui ou qu’elle le prenne pour un menteur ou un fou, ou les deux. Et il n’avait pas tout à fait tort… Sans compter qu’après tout, il avait bien le droit d’avoir des secrets !



Une nuit qu’il dormait comme un bienheureux sur le lit, au pied de Fleur de Lune, en bon chat affectueux qu’il devait être et qu’il était d’ailleurs, il fut réveillé par un courant d’air. Un courant d’air qui l’aurait transformé en glaçon si cela avait du durer.


Il sauta du lit et se précipita vers la fenêtre qui s’était ouverte. Il la referma et transis de froid retourna se coucher bien au chaud tout contre la fillette. C’était sans doute un coup de ce blizzard qui soufflait depuis deux jours sur la région.


Il venait juste de se rendormir quand cela recommença ! Cette fois, il distingua dans l’obscurité une vague silhouette blanchâtre comme éclairée de l’intérieur.

- Nom d’une pipe il ne manquait plus que des fantômes dans cette histoire… on dirait bien que s’en est un… dit-il dans sa moustache.


Le poil hérissé, il s’approcha de la forme lumineuse jusqu’à la toucher. Elle n’avait pas bougé.

- Qui êtes-vous, demanda-t-il tremblant, plus de froid que de peur.

- Je ne peux le dire, répondit une voix lointaine qu’il reconnut sans peine, bien qu’elle soit particulièrement glaciale, sans doute à cause de la température !…

- Approche, continua la voix, j’ai un message urgent pour toi…

- Eh là ! du calme ! Mais, je vous reconnais, vous êtes la Voix, et donc vous êtes peut-être la Fée ? Laissez-moi vous dire que ce n’est pas rigolo du tout de jouer les fantômes. Si vous me permettez ce vilain jeu de mot, j’irais même jusqu’à dire que ça jette un froid ! A propos de froid, si vous permettez, je vais d’abord fermer la fenêtre.


Pour ce faire, il dut contourner « le fantôme » qui ne bougea pas d’un millimètre, comme cloué au sol. Il avait envie d’essayer de le toucher pour voir si sa patte passerait au travers, mais il se dit que ce n’était peut-être pas très raisonnable.


Une fois la fenêtre bien close, il se planta devant la « visiteuse virtuelle »

- Alors, j’attends, vous venez de me dire que vous avez un message pour moi, quel est-il ?

La silhouette s’anima.

- Jean est en danger, en grand danger, dit la voix, tu dois aller le sauver.

- Je veux bien, mais je ne sais pas où il se trouve. Qui me dit que ce n’est pas un piège ? Et d’abord pourquoi vous n’y allez pas vous-même, hein ? Jusqu’à nouvel ordre, si vous êtes la Fée, c’est vous qui avez des pouvoirs magiques, ce n’est pas moi, répondit le Chat qui reprenait du poil de la bête, ce qui dans son cas était bien normal, surtout avec la température ambiante !

- Hélas, répondit la voix, je ne peux rien faire pour aider ce pauvre jeune homme. Tu vois bien que je suis prisonnière et que si j’avais encore des pouvoirs magiques assez étendus je me serais libérée depuis longtemps.

- Alors, c’est bien ça, je ne m’étais pas trompé. Vous êtes la Fée !... Nom d’un calumet, ce Maikan de malheur vous a mis dans un drôle d’état, que vous a-t-il fait ?

- Chut ! il peut nous entendre, chuchota la voix, il est partout à la fois… Excuse-moi, mais je ne peux rien te dire, plus tard je t’expliquerai. J’ai seulement trouvé un subterfuge pour lui échapper un moment, comme les autres fois, mais s’il arrive je serais obligée de disparaître et tu ne sauras rien de plus.

- Bon, je comprends, dit le Chat, allons au principal. Mais quand même, vous êtes dans de sales draps ! Vous croyez vraiment que je ne peux rien faire pour vous ?

- Je suis très touchée de ta proposition, le Chat, répondit la voix,  plus tard peut-être. Pour le moment il faut que tu me fasses confiance. Je dois faire car je sens que mon bourreau n'est pas loins ! Je reviendrai la nuit prochaine. Nous partirons ensemble et je t’amènerai près de Jean.

- Vous m’avez dit qu’il était en grand danger ? Ca ne peut peut-être pas attendre demain ?
- Ne t’inquiètes pas, dit la voix, tant qu’il ne sera pas arrivé au repaire de Maikan, il ne risque rien. Il en est trop loin. Heureusement, ce sorcier se croit un peu trop infaillible. Il s’amuse depuis le début à faire passer de fausses informations à Muashkuss qui guide Jean. Maikan fait faire durer le plaisir… il a tout son temps… il sait bien que je ne peux m’enfuir et il joue au chat et à la souris…

- J’adore cette expression, dit le Chat. Bon ! si j’ai bien compris, l’expédition « sauvons le lieutenant Jean Cerrier de Mons peut attendre demain. Ce qui va me permettre de prévenir Fleur de Lune et de me préparer au voyage.

- Tu as tout compris, répondit la voix.


- Je t’ai dessiné une carte avec l’itinéraire que doit suivre Jean, continua la voix. Si Maikan trouve encore un moyen pour le faire passer par un autre chemin, nous aviserons. Maintenant, il me faut disparaître au plus vite… à demain…


Le Chat qui n’avait pas oublié la galanterie, se précipita pour ouvrir la fenêtre. Après un signe de ce qu’on pourrait imaginer être une main, la forme s’envola dans la nuit…



...Il vous faudra patienter un peu pour connaître la suite... Car, le début de ce troisième tome "Sur les pas de Guillaume l'Iroquois" est en cours de remaniement et l'écriture en est arrêtée pour mieux reprendre.... Je vous donne rendez-vous bientôt sur un nouveau blog spécialement dédié aux aventures de mon héroïne et à cette saga en particulier... Et si vous n'avez pas lu le début en question et que vous arriviez juste pour ce dixième épisode, je me permets de vous demander d'attendre la nouvelle version ... elle aura profité de trois mois de mûrissement...

Par contre, si vous avez envie d'embarquer avec nous pour les deux premiers tomes (ils sont archivés sur le blog) et si vous ne les avez pas encore lu, ou si vous avez envie de les relire, après tout, pourquoi pas ?

Suivez le guide pour la : "La traversée du Don de Dieu" et "Au pays de Maikan le sorcier" . ...











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