Dix-huitième épisode


Résumé du chapitre précédent :

Fleur de lune et la Fée se sont levées tôt pour assister à l’arrivée sur le Grand Banc de Terre Neuve. Elles découvrent un paysage unique. Il y a beaucoup de bateaux de pêche. Mais il y a aussi des glaces qui dérivent et un gros iceberg quii semble se diriger vers le « Don de Dieu». Cela n’empêche pas M.de Champlain de donner une foule d’explications à Fleur de Lune sur tout ce qui se passe dans cet endroit.


  Page précédente   Page suivante  

La journée sembla longue à tout le monde, les officiers et les marins ne quittèrent pas leur poste un instant, tous s’activaient sur le bateau.

 

Puis, le vent se leva, mais il n’y eut qu’une petite houle. On avait l’impression d’aller droit sur l’énorme montagne de glace. Bientôt elle ne fut plus qu’à quelques encablures. Monsieur de Champlain fit lui-même les manoeuvres et quand l’iceberg fut dépassé, tout le monde applaudit.

 

Enfin remises de leurs émotions, Fleur de Lune et la Fée retrouvèrent le Chat qui les attendait dans la cabine. Comme chaque jour, il venait faire la causette.

- Si nous étions passés ici un mois plus tôt, c’aurait été bien pire, dit-il.

Un des marins du « Don de Dieu » est parti l’an dernier en mars, de Honfleur, pour aller pêcher la morue sur le Grand Banc.

C’était au mois d’avril au moment où les glaces dérivent.  Les marins ont lutté trois jours durant contre les éléments déchaînés. Ce fut terrible ! Ils ne furent vraiment sortis d’affaire qu’au bout d’une semaine. Ils ont bien crus qu’ils n’en reviendraient pas vivants.

Pendant la tempête, ils avaient prié la Sainte Vierge et promis de lui offrir, si elle les sauvait, un tableau pour la chapelle des marins. 

- J’en ai vu de très jolis avec mes parents à Notre-Dame de Bon Secours,  je crois que ça  s’appelle des ex-voto, c’est bien ça, demanda Fleur de Lune ? 

- C’est bien cela, constata le Chat. Quelle mémoire ! Je continue donc mon histoire.

Les marins dont je vous parle ont bien entendu honoré leur vœu. Ils ont fait peindre un tableau magnifique, le plus grand de la chapelle. Il paraît qu’on y voit le bateau gîtant par tribord, toutes voiles dehors dans une tempête terrible. Il est pris dans les glaces qui emprisonnent la coque de cette grande barque de pêche, pareille à celles que nous avons vues ce matin pêchant sur le Grand Banc.

Et tout en haut du tableau on voit la Vierge protectrice avec le petit Jésus dans ses bras qui veille sur eux dans le ciel. C’est très émouvant.

- J’ai eu très peur en voyant l’iceberg se rapprocher, dit Fleur de Lune. J’ai pensé au « Titanic », ils ont redonné le  film à la télévision cet hiver. 

-  Mon maître et moi n’avons pas la télévision, dit en riant le Chat, elle n’a pas encore été inventée. Et je ne sais pas si nous devons nous en plaindre !

- Nous les fées, nous avons un miroir magique, c’est notre télévision à nous. Mais tu as raison petite Fleur,  c’est affreux ce qui s’est passé  sur le « Titanic », une de mes filleules  y était, dit la Fée très émue. 

- J’espère que vous l’avez sauvée? interrogea Fleur de Lune.

- Oui, je l’ai sauvée, ainsi  que quelques passagers, mais que pouvais-je faire ? J’étais seule pour tous ces  pauvres gens. C’est un terrible naufrage, si incroyable et si soudain. Et pourtant une leçon d’humilité pour les humains, mais a-t-elle été entendue ? J’en doute hélas !

Il y eut un lourd moment de silence et d’émotion…

- Je dois vous dire que c’est pour moi un horrible souvenir et un terrible échec, conclut la Fée avec des larmes dans la voix. 

- En tout cas, dit le Chat pour réconforter ses deux amies, aujourd’hui nous avions un bon capitaine, un bon pilote et de bons marins, et tout s’est passé pour le mieux.

De toute façon, réfléchissez bien, nous n’avions aucune  raison de nous inquiéter. Si le « Don de Dieu » avait sombré, M. de Champlain n’aurait jamais pu fonder Québec ! Et nous n’aurions pas été là… du moins je le suppose…

Nous ne sommes  quand même pas venus changer le cours de l’histoire, mais y participer ce qui est bien différent et surtout accomplir la mission qui nous a été confiée…

- Tu parles d’or. Je n’y avais même pas pensé, dit Fleur de Lune en riant. Que je suis bête. 

- Mais non, dit la Fée doucement, tu es simplement devenue une vraie petite Isabelle Hébertet  qui ne savait rien de son avenir, comme tous les humains.

Maintenant nous devons nous préparer pour le dîner. Car l’exactitude est… Je suis certaine que vous connaissez la suite,  monsieur le Chat ?

- « La politesse des rois », répondit le Chat qui connaissait ses classiques et qui ne perdait jamais une occasion de montrer sa bonne éducation.

Puis après un moment de réflexion, et un énorme bâillement le Chat se précipita vers la porte en disant :

- A propos de repas, mon estomac crie famine, j’ai l’impression qu’on pourrait l’entendre jusqu’aux ponts inférieurs… je ne voudrais pas vous imposer un tel vacarme… A tout à l’heure… ou a demain… à moins que je ne vienne vous faire une petite visite de nuit… on ne sait jamais, un peu de confort parfois ce n’est pas si mal !

- Tiens, tiens lança Fleur de Lune moqueuse, ta vocation de chat du bord aurait-elle du plomb dans l’aile ? Le ballot de laine serait-il moins moelleux ?

- Tout de suite désagréable, dit le Chat sur le pas de porte sur le ton de la plaisanterie. Je peux venir aussi vous voir pour le plaisir de votre conversation et pour la chaleur de votre présence !... au revoir…

                          

Le soir au dîner M. de Champlain annonça que, tôt le  lendemain matin, ils arriveraient aux abords du Cap Sainte-Marie, proche de l’Ile de Terre-Neuve.

 

Au moment de prendre congé pour la nuit, une fois  que les autres convives furent partis il dit à la  Fée et  à Fleur de Lune :

- Je sais que vous ne craignez pas de vous lever aux aurores. Aussi aimerais-je vous faire découvrir demain, ainsi qu’à notre ami Jean, un endroit exceptionnel. Vous ne le regretterez pas. Je suis même certain que vous en serez ravies.

- Quelle bonne idée, s’écria la Fée, nous nous ferons une joie d’être là. C’est vraiment très aimable à vous, n’est-ce pas Isabelle ?

- Oh, merci ! dit la fillette qui comme on peut s’en douter n’avait aucune intention de refuser l’invitation. D’autant plus que son ami Jean serait là !

 


 A suivre…



Quels paysages M. de Champlain va-t-il leur faire découvrir ?

En s’approchant de lieux qu’elle connaît déjà Fleur de Lune arrivera-t-elle à donner le change ?

Ne sera-t-elle pas surprise du changement de paysage par rapport à ce qu’elle connaît de cette région ?

Vous aurez peut-être la réponse à ces questions dans la prochaine bouteille à la mer qui arrivera le 20 mai…





  Page précédente   Page suivante