Dix-neuvième épisode


Résumé du chapitre précédent :

La journée semble longue à tout le monde, mais quand le « Don de dieu » se retrouve  à la hauteur de l’iceberg, M. de Champlain fait la manœuvre et évite le monstre de glace. Une fois rentré dans la cabine, le Chat raconte la terrible aventure vécue sur le Grand banc par un de ses amis marins. Fleur de Lune compare cette situation à celle du Titanic. La Fée raconte qu’elle a sauvé quelques passagers ce jour-là, mais que c’est pour elle un terrible échec de ne pas avoir pu faire plus. Le Chat très raisonnablement leur explique qu’ils ne doivent pas avoir peur d’un naufrage, puisqu’ils ne sont pas venus pour changer le cours de l’histoire. Le soir au dîner, le capitaine invite la Fée et Fleur de Lune à se lever tôt le lendemain pour admirer le spectacle des abords de l’île Ste Marie…


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La Fée et sa filleule furent éveillées bien avant le jour. Le Chat qui était venu les rejoindre et en avait profité pour dormir sur le lit de Fleur de Lune, ne voulut pas se déranger.

- Je préfère dormir, marmonna-t-il dans un demi-sommeil. 

- Dommage, dit finement Fleur de Lune, M. de Champlain nous a dit qu’il y aurait plein d’oiseaux. Je croyais que cela te ferait plaisir de venir les voir. 

Au mot « oiseau », le Chat ouvrit un œil et même le second.

- Si c’est seulement pour les voir, ça ne m’intéresse pas vraiment maugréa-t-il, maintenant je suis habitué au poisson. Non, allez-y sans moi, je vous chauffe la place. 

 

Quand elles montèrent sur le pont une douce lumière rose et or annonçait l’aube. En face d’elles ce n’était que falaises escarpées. A leurs pieds d’énormes vagues se brisaient sur les rochers dans un bruit d’enfer.

 

- Voici nos courageuses navigatrices, dit cordialement M. de Champlain. Alors, que pensez-vous de cet endroit ? 

- J’en ai le souffle coupé, répondit la Fée. 

- Des dizaines de milliers d’oiseaux de mer viennent nicher ici, continua-t-il.

Il y a des guillemots, des mouettes, des goélands, des cormorans. Il y a aussi beaucoup d’oiseaux migrateurs. Ils trouvent dans cette île des arbustes et de petits fruits qui leur permettent de faire des réserves de graisse, avant de repartir vers le sud.

 Il y a aussi toutes sortes de canards de mer qui hivernent  sur ce cap. Il y a même des pingouins qui viennent ici s’accoupler et élèvent leurs petits de la fin du printemps au début de l’automne.

- Quels sont ces grands oiseaux qui font un si joli ballet au-dessus de nos têtes, demanda la Fée. 

- Ce sont des fous de Bassan, répondit M. de Champlain, ils sont très nombreux dans cette région.

 

La Fée se remplissait les yeux de toute cette beauté, elle remercia M. de Champlain :

- Vous savez tant de choses et c’est si gentil de nous en faire profiter. Vous nous  faites partager de bien beaux moments.

 

Fleur de Lune vivait intensément ce moment. Elle, si sensible à la beauté de la nature, ne pouvait détacher ses yeux du spectacle. Elle aurait voulu pouvoir suspendre le temps et que ses parents soient avec elle à cet instant. Ils lui manquaient tant. Elle avait beau savoir que tout ceci n’était qu’une sorte d’étrange rêve éveillé, parfois, comme aujourd’hui, elle craignait un peu de ne jamais retourner dans sa vraie vie.

- Vous ne dites rien, Isabelle, demanda Jean étonné. 

 

Elle n’arrivait pas à exprimer  l’émotion  qui était la sienne et  sa tristesse si étrangement mêlée  au  bonheur  qu’elle avait d’être en sa compagnie. Elle  en avait la gorge nouée et ses yeux s’embuèrent de larmes.

- Vous êtes souffrante, mon petit, demanda M. de Champlain ? 

- Non, c’est très beau, murmura-t-elle, tout est trop beau ! Excusez-moi un moment s’il vous plaît. J’ai oublié quelque chose dans la cabine.

 

Elle s’esquiva presque en courant. Elle avait soudain besoin d’être seule.

-  Ma filleule est une âme sensible, dit la Fée.

- Il est vrai qu’Isabelle est un petit personnage bougrement attachant, reconnut Jean. J’ai vraiment l’impression d’avoir une sœur supplémentaire, j’en ai déjà deux, je suis le seul garçon de la famille.

Savez-vous que je me sens chaque jour un peu plus responsable d’elle ? Mais certains de ses comportements me désarçonnent. J’ai souvent l’impression qu’elle hésite à se confier, comme si elle craignait que quelque secret ne lui échappe. 

- Les secrets des petites filles ne sont pas de bien grands secrets, conclut la Fée qui ne tenait pas à se laisser entraîner sur ce sujet. 

 

Pendant un long moment, ils restèrent tous trois silencieux à contempler le paysage, tandis que le soleil montait à l’horizon de ce début de journée.

- Je vous remercie encore de nous avoir invitées  à un si beau spectacle,  dit la Fée à M. de Champlain. 

- Mais c’était bien naturel, chère Amie. Je ne suis pas suffisamment égoïste pour vouloir garder pour moi seul des moments d’une telle intensité, répondit-il. Les partager avec une personne telle que vous n’est pas seulement un plaisir, c’est aussi un honneur.

La Fée rougissante  pensa que cet homme était  plein d’humanité et de délicatesse.  Si Fleur de Lune avait été présente, elle se serait bien amusée de cet assaut de politesses et peut-être aurait-elle pensé que la Fée n’était pas insensible au charme du grand homme. Mais notre petite Fleur  était prostrée dans sa cabine et bien loin de s’intéresser à autre chose qu’à ses propres problèmes.                

- Vous êtes vraiment  trop aimable, dit la Fée avec gratitude. Dites-moi plutôt quelles seront nos prochaines découvertes.

- Demain nous verrons les terres du cap Breton et le cap St-Laurens puis l’Isle St-Paul, si j’ai bien retenu la leçon, répondit Jean.

 

 


 A suivre…



La traversée va-t-elle continuer sans nouveau péril ?

Fleur de Lune reconnaitra-t-elle les endroits qu’elle a visité avec ses parents ?

Fleur de Lune est-elle en train de devenir vraiment Isabelle Hébertet ?

Vous aurez peut-être la réponse à ces questions dans la prochaine bouteille à la mer qui arrivera le 22mai…


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