Douzième épisode


Résumé du chapitre précédent :

Au matin le Chat met enfin le nez dehors. Les marins sont affairés à réparer les dégâts causés par la tempête... Il se fait quand même du soucis pour ses deux amies bien qu’il ne leur ait pas encore pardonné. Il décide d’aller aux nouvelles… Et à sa grande surprise il entend Monsieur de Champlain remercier la Fée et Fleur de Lune pour leur aide pendant cette horrible nuit. Notre ami le Chat est très ému et  très fier d’elles… Alors oubliant sa rancune, il vient se frotter contre les jambes de la fillette qui est toute heureuse de le retrouver. Elle l’emporte dans ses bras jusqu’à la cabine… Ils ont tant de choses à se raconter !...


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- Je crois qu’ils sont bien mal logés dit Fleur de Lune compatissante. 

- Ils vivent dans l’entrepont, expliqua le Chat, on dit que ce sont les  quartiers de l’équipage. C’est petit, sombre, sale et froid. Il n’y a aucune installation pour se laver et pas de toilettes, l’air est à peine respirable à cause du manque d’air et des odeurs. Ils doivent se contenter de boire de l’eau croupie. Par contre ils ont  de la bière, car l’eau devient vite très dangereuse pour la santé. Le jour de l’embarquement j’ai entendu un vieux marin dire au jeune mousse :

- Voilà ce qui t’attend gamin : une couchette dure, de la viande froide salée, un sommeil entrecoupé, du pain moisi, des biscuits comme de la pierre, infects et grouillant de bêtes, de la bière insipide, des vêtements mouillés et pas de feu. 

- Quelle horreur s’exclama Fleur de Lune. 

- Je ne te dis pas la tête du gamin ! Continua le Chat. Après tout ce que je t’ai raconté, tu ne seras sans doute pas étonnée d’apprendre que beaucoup de marins tombent malades au cours des traversées, et ce n’est pas parce qu’ils ont le mal de mer. Certains même meurent du scorbut par manque de vitamines. Mais à cette époque on ne savait pas que c’était à cause de cela. Du temps de Jacques Cartier, le  Grand Chef Donnacona dont je t’ai déjà parlé avait donné une tisane d’herbe blanche qui soignait la maladie. Puis on avait oublié la potion des iroquoiiens et les hommes avaient continué sans savoir que c’était une alimentation dénuée de vitamine qui était la cause de cette maladie.

 Le scorbut ne tue pas que les  marins, il tue aussi les passagers, vous devriez faire attention  toutes les deux, à ne pas manquer de vitamines. Mais je suis sûr que notre amie la Fée, qui ne laisse rien au hasard, y a déjà veillé. Après un moment de silence il ajouta :

 - Comme tu peux le constater tout ceci n’a   rien à voir avec votre confort de la cabine arrière. »

- Confort, confort, c’est une façon de parler se défendit faiblement Fleur de Lune, mais je dois reconnaître qu’à côté  de l’équipage,  la Fée et moi vivons comme des reines. J’en ai presque honte ! 

-Tu peux le dire, surenchérit le Chat. Et ce n’est qu’un résumé de ce que j’ai vu de mes yeux vus. Tu comprends maintenant, je suppose,  pourquoi je suis plein d’admiration pour le courage de ces hommes rudes,  parfois enrôlés de force. Je te dirais même plus, je suis fier de m’en être fait des amis. 

- Tu ne couches pas dans la saleté de l’entrepont j’espère, interrogea Fleur de Lune inquiète?

- Bien sur que non, tu me connais,  j’ai trouvé un coin tranquille dans la cale répondit-il avec un sourire qui lui remonta les babines, et les  moustaches. Et… je me suis fait un grand copain dès le premier jour… Il s’agit du jeune cuistot. Je suis donc bien nourri, en plus des rats et des souris. Hélas, je leur ai fait si bonne chasse qu’on en voit plus beaucoup, mais j’ai gagné l’admiration de tout l’équipage. Je suis, parait-il, le meilleur chat qu’ils aient jamais connu sur ce navire et peut-être même sur d’autres. »

- Toujours aussi modeste ! dit Fleur de Lune en riant. 

Puis voyant le Chat se rembrunir, elle rectifia :

 

- Tu es le plus extraordinaire chat du monde !

Elle frotta tendrement son visage contre  la fourrure du Chat,  tandis qu’il lui offrait un énorme ronron.

- Dis donc ! lui lança-t-elle moqueuse, tu sens drôlement le poisson ! 

- Bien sur ! dit le Chat en riant, je suis devenu un vrai chat du bord. 

Fleur de Lune n’eut pas le temps d’entendre sa réponse, épuisée, elle s’était endormie. Le Chat se coucha à ses pieds, et fit de même. Un petit somme, après une nuit tourmentée, ne fait de mal à personne.

Quand la Fée rentra dans la chambre, personne ne bougea. Fleur de Lune était plongé dans un sommeil réparateur et le Chat, comme tous ses congénères, ne dormait que d’un œil. Après avoir tendrement embrassé sa filleule, elle  le caressa un moment. Il souleva une paupière, celle de l’œil qui ne dormait pas et ronronna quelques minutes puis repartit aussitôt dans ses rêves à demi-éveillés.

 

Les chats sont ainsi depuis que le monde existe. Disons plutôt,  depuis que les chats existent dans ce monde !!!...


 A suivre…





Le Chat s’est réconcilié avec Fleur de Lune mais en sera-t-il de même avec la Fée ?

Va-t-il abandonner la cale et son copain le cuistot pour le confort de la cabine ?

Le Don de Dieu continuera-t-il sa traversée sans problème ?

Vous trouverez peut-être la réponse dans la prochaine bouteille à la mer qui arrivera le 11 mai…



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