Huitième épisode


Résumé du chapitre précédent :

Le Chat continue de bouder. Il en profite pour faire plus ample connaissance avec les marins et les fait rire avec ses pitreries. Il s’amuse tellement qu’il prend une grande décision… Il ne veut plus être autre chose qu’un chat du bord, fini le Chat Botté !.. De leur côté, la Fée et Fleur de Lune s’inquiètent de sa disparition. Elles interrogent les marins qui les rassurent, il est bien vivant. Elles décident donc d’attendre qu’il cesse de bouder.  Les journées passent comme dans un rêve. Les repas sont de  moins en moins bons, mais toujours aussi passionnants. Monsieur de Champlain raconte ses découvertes et Fleur de Lune boit ses paroles. Mais parfois elle a la nostalgie de ses parents…


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Cela ressemblait de plus en plus à une traversée idéale, avec un temps généralement clément et des vents favorables.

 

Un après-midi comme beaucoup d’autres, Fleur de Lune et la Fée se reposaient sur le pont en  regardant la mer. Elles se seraient presque crues en croisière.

 

Soudain, elles virent le ciel s’assombrir à l’horizon. Le vent ne tarda pas à se lever, mais au lieu de chasser les nuages, il les  poussa vers le galion. En une demi-heure à peine, le ciel devint violet foncé, presque noir, à perte de vue. De petites vagues nerveuses s’étaient formées et se jetaient les unes contre les autres. Rapidement, elles avaient grossi, grandi. Puis, elles avaient commencé de lancer au passage de grands paquets de mer écumeuse sur les ponts inférieurs.

 

La Fée et Fleur de Lune, fascinées, étaient en train de contempler le spectacle, quand Jean vint à leur rencontre, l’air soucieux.

-« Il ne serait pas raisonnable que vous restiez sur le pont, dit-il le temps se gâte. »

-« Nous allons avoir un grain, n’est-ce pas ? demanda Fleur de Lune, toute fière de lui montrer qu’elle avait retenu ses leçons. »

-« Je crains que ce ne soit pas seulement un « grain », dit-il, touché de la bonne volonté qu’elle mettait à apprendre tout ce qu’il lui enseignait. Je crains qu’il ne s’agisse  plutôt d’une forte tempête. Nous allons avoir beaucoup à faire et je devrai vous abandonner quelque temps. Je vais vous raccompagner jusqu’aux quartiers du Capitaine, ce sera plus prudent. 

« Je vous demanderai de ne prendre aucun risque. Il se pourrait aussi que vous souffriez du mal de mer. Cela arrive à des gens très bien, ajouta-t-il, avec un petit sourire complice à  l’adresse de Fleur de Lune. Si je puis me permettre un conseil, remplissez vous l’estomac avec de la nourriture solide et surtout, buvez le moins possible. »

-« Je vous remercie de ces recommandations, dit la Fée. Elles vont nous être fort utiles,  je crains moi aussi que nous ayons un très gros temps. »

-« Il ne faut pas trop vous inquiéter répondit Jean d’un ton qui se voulait rassurant. Les membres de l’équipage sont des marins confirmés. Et Monsieur de Champlain est un très bon navigateur. Son père était capitaine lui aussi, mais c’est surtout son oncle, que l’on appelait « le Provençal » qui lui a appris le métier. »

-« Alors,  on peut dire que c’est un métier  de famille dit Fleur de Lune. »

-« Exactement répondit Jean avec un bon sourire, ma petite sœur a toujours le mot juste. »

Il les conduisit jusqu’à leur cabine et prit rapidement congé.

-« Faites  attention à vous, dit la Fée. »

A l’idée des dangers que Jean allait courir, Fleur de Lune eu bien  du mal à retenir les larmes qui lui montaient aux yeux.

-« Soyez prudent, je vous en prie !  Lui dit-elle à son tour. »


 

 

 


Fleur de Lune se rappela alors qu’elle était  montée une fois  sur les montagnes russes et qu’elle avait eu terriblement mal au cœur. Pour tout dire c’était un souvenir détestable.

Cette nuit, si elle voulait ne pas être malade, il faudrait donc obéir aux consignes de Jean.

Heureusement la Fée, très gourmande de nature, avait toujours des réserves de nourriture, et surtout des  biscuits et  des sucreries. Fleur de Lune  s’était même demandée où elle pouvait bien les trouver !

 Sa marraine aurait-elle repris en secret sa baguette magique ? Et dans ce cas considérait-elle ces petites douceurs comme une urgence ? La fillette s’en amusait gentiment,  mais elle ne s’était pas permis de poser la question à sa marraine. Aussi faisait-elle semblant de rien.

 

Elles mangèrent donc très vite, la presque totalité des réserves en question. Après ce festin, elles eurent une soif atroce, mais se souvenant des recommandations de Jean, elles résistèrent à l’envie de boire. Elles n’auraient peut-être pas du manger autant !

En tous cas, Fleur de Lune, qui avait commencé de se sentir  un peu  barbouillée aux premières grosses vagues, alla tout de suite mieux, à part la soif !

Jean était un être merveilleux !

Quant à la Fée, malgré cet excès de gourmandise, elle était en pleine forme. Il semblerait que  les fées n’aient aucun problème d’estomac, et  n’auraient jamais le mal de mer. Après avoir fait cette constatation, Fleur de Lune pensa que cela ne lui aurait pas déplu d’être une fée !...

Fleur de Lune était partagée entre la peur et la curiosité, mais elle savait qu’elle pouvait faire confiance à sa marraine et ne se fit donc pas prier pour sortir sur le pont.

C’était un spectacle extraordinaire. Le ciel était zébré d’éclairs qui donnaient de grands coups de projecteur sur les ponts du vaisseau. On y voyait presque comme en plein jour. Le vent se jetait à grand bruit dans les voiles. On avait l’impression que d’un instant à l’autre, elles allaient se déchirer comme de vieux chiffons. Les déferlantes étaient de plus en plus hautes. A chacune d’elles, le navire plongeait, comme s’il voulait toucher le  fond de la mer, dans un grand déferlement d’eau qui ruisselait jusque dans l’entrepont. Arrivé au creux de la vague qui semblait prête à l’engloutir, le galion reprenait son élan pour se lancer à l’assaut de l’effrayante montagne d’eau.  Quant il arrivait sur la crête, il paraissait voler un instant sur la mer déchaînée, avant de piquer du nez de nouveau vers l’abîme. Fleur de lune était à la fois terrorisée et fascinée, c’était quand même mieux que les montagnes russes. Elle en oubliait même d’avoir mal au cœur et applaudissait comme au cirque.

-« Pense un peu à ces pauvres marins, ma Chérie et soit plus discrète s’il te plait, implora la Fée. »

A ce moment, elles virent arriver Monsieur de Champlain accompagné de Jean.

-« Je croyais que notre ami Jean vous avait  conseillé de rester à l’abri, dit Monsieur de Champlain l’air contrarié, aurait-il oublié de le faire. »

-« Bien sûr que non, répondit la Fée, Jean ne manque jamais à son devoir, mais nous ne pouvions Isabelle et moi rester enfermer dans un pareil moment. Je suis sûre qu’il y a des gens malades sur ce bateau et je suis venue proposer mes services. On dit que je suis une bonne infirmière, je pourrais vous être utile et aider votre chirurgien, au cas ou ce serait nécessaire.

-« Les femmes ont, parait-il, des pressentiments que nous autres hommes n’avons pas toujours, dit Monsieur de Champlain. Il est vrai que je n’osais pas venir vous chercher. Monsieur Bonnerme notre chirurgien s’est blessé. Il a glissé sur le plancher détrempé en allant secourir un marin. S’il ne s’est pas cassé la jambe, ce n’est guère mieux. Il souffre beaucoup, et il est au désespoir de nous laisser dans l’embarras. Ne m’avez-vous pas parlé de tout ce que vous avez appris auprès  de votre cousin médecin. »

-«  C’est mon oncle qui était médecin, rectifia la Fée, il m’a appris les soins d’urgence et beaucoup d’autres choses. Je pense pouvoir secourir notre ami le chirurgien. »

-« Je ne sais comment vous remercier, Madame, dit Monsieur de Champlain très ému, mais il y a plus grave,  un de nos marins est tombé des haubans, il est vivant certes, mais fort mal en point. »

-« Allons-y tout de suite, que je puisse juger de son état, dit le Fée fermement. Au vu de ses blessures, j’irais demander conseil à notre ami Bonnerme, et par la même occasion je  lui soignerai sa jambe. Quant à ma filleule, elle sera mon assistante, je suis sûre qu’elle fera très bien l’affaire.»

Fleur de Lune était tellement fière de la confiance que lui témoignait sa marraine qu’elle en oublia d’avoir peur. D’ailleurs, Maman disait toujours qu’elle faisait très bien les pansements. »

-« Votre marraine est merveilleuse dit Monsieur de Champlain à l’adresse de la fillette, avec une admiration non contenue. »

-« Vous  allez me faire rougir, dit la Fée sur le ton de la plaisanterie, c’est trop de compliments, attendez plutôt de me voir à l’œuvre.»

Puis,  elle se tourna vers Jean.

-« Mon jeune ami, lui dit-elle, je vous confie ma filleule, pourriez-vous l’accompagniez jusqu’à notre cabine. Vous y prendrez ma trousse d’urgence, je l’emporte toujours en voyage, elle est dans ma malle. Isabelle saura la trouver. Je vais avec Monsieur de Champlain au chevet du blessé, je vous y attends. »

Le vent balayait le pont avec rage.

-« Accrochez-vous à moi, petite Isabelle, dit Jean fraternellement,  je ne voudrais pas que la mer vous emporte, vous êtes si menue. »

Fleur de Lune ne se le fit par dire deux fois.   Titubants sous les rafales et presque patinant sur le pont détrempé, ils se dirigèrent vers la cabine.


 

A suivre…





La Fée arrivera-t-elle à sauver le jeune marin blessé.

Le « Don de Dieu » résistera-t-il aux éléments déchaînés ?

Et comment le Chat se comportera-t-il dans la tempête ?


Vous trouverez peut-être la réponse dans la prochaine bouteille à la mer qui arrivera le 29 avril !



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