Seizième épisode


Résumé du chapitre précédent :

La Fée fait au Chat les excuses attendues.
Tout s’arrange ! Fleur de Lune aimerait bien que le Chat reste avec elle au lieu de retourner avec les marins. Mais celui-ci n’est pas d’accord. Il veut rester un chat du bord avec ses amis et surtout son copain le cuistot. Peut-être viendra-t-il les visiter ou profiter un peu du confort… La traversée poursuit son cours sans nouvelle tempête. Un soir M. de Champlain annonce qu’on arrivera bientôt sur le Grand Banc de Terre Neuve… On se rapproche donc de Tadoussac, ce qui ne fait pas l’affaire de Fleur de Lune qui craint d’être séparée de son ami Jean !



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Fleur de Lune s’était bien un peu doutée que M. de Champlain s’amusait à l’inquiéter un peu, mais elle se souvenait que ses livres d’école parlaient eux aussi de pirates, quand aux récif, Jean lui avait expliqué ce que cela voulait dire et le danger qu’ils représentaient pour les navires.

 

- Mais nous n’avons vu aucun pirate de tout le voyage, dit Fleur de Lune, qui ne voulait pas se laisser démoraliser.

-  Ca ne veut pas dire qu’ils n’existent pas, répondit gentiment M. de Champlain, mais seulement que nous avons eu de la chance. Pourquoi croyez-vous que tous ces canons soient installés sur nos vaisseaux ?

Fleur de Lune était devenue toute pâle. Elle n’avait pas peur pour elle-même, mais pour Jean. Si ce que venait de raconter M. de Champlain arrivait, le jeune homme pourrait être blessé ou tué sous ses yeux. Elle se mit à pleurer pour de bon.

- Allons, dit M. de Champlain, je vous faisais un peu enrager. Mais, il est plus honnête de vous dire que tant que nous ne sommes pas arrivés, nous ne sommes pas à l’abri d’un problème. Tenez avec les Basques, par exemple, il arrive fréquemment que cela se passe plutôt mal. Et parfois. pour pas grand-chose.  La vie est particulièrement dure ici pour les hommes  et dans notre monde on ne se fait pas de cadeaux. Vous comprenez, petite demoiselle ? 

- Vous devez me prendre pour une peureuse, dit Fleur de Lune en séchant ses larmes. 

- Pas du tout, je crois avoir salué votre courage pendant la tempête, répondit, vivement M. de Champlain.

- Mais que comptez-vous faire une fois que nous aurons à Tadoussac, demanda Fleur de Lune qui voulait en avoir le cœur net. 

- Vous voulez savoir où et quand je vais emmener votre ami Jean, n’est-ce pas ? dit M. de Champlain, gentiment moqueur. 

Fleur de Lune était devenue écarlate et toute la tablée se mit à rire. Elle aurait voulu être dans un trou de souris. Elle était morte de honte. Heureusement, M. de Champlain qui n’avait pas voulu cela,  mit fin à son supplice.

- Allons, ce n’est pas gentil de se moquer de notre adorable petite Isabelle. Elle a bien raison d’apprécier la compagnie de Jean, c’est le meilleur jeune homme que je connaisse,  et c’est pour cette raison que je lui ai accordé toute mon amitié et ma confiance. 

- Une confiance méritée, reconnut la Fée. 

- Je me dois de répondre franchement à la question de notre chère filleule, continua M. de Champlain. Le «  Don de Dieu »  ne peut descendre le Saint-Laurent sans danger jusqu’au lieu de notre future « Abitation ». La fleuve  se rétrécit trop à cet endroit. Nous allons donc devoir faire  construire une grande barque et nous ferons  comme les autochtones pour aller jusqu’à la pointe de Québec. J’espère que vous viendrez toutes deux nous rejoindre, avec M. Hébertet. Et ainsi, notre petite Isabelle retrouvera son ami Jean.

Fleur de Lune trouva qu’il insistait beaucoup et jeta un œil furieux sur la petite assemblée qui suivait la scène, l’air amusé. Heureusement, Jean vint à sa rescousse.

- Avec tout le respect que je vous dois, j’aimerais savoir si vous avez fini d’ennuyer ma petite sœur, dit-il fermement. 

Elle était très contente qu’il ait pris sa défense. Mais, une fois de plus, elle se retint de crier qu’elle n’était pas, qu’elle ne serait jamais, et surtout qu’elle ne désirait pas, être sa petite sœur, mais plutôt sa future fiancée. Elle se mordit les lèvres pour ne rien dire. Puis après quelques minutes de réflexion, elle décida de prendre le bon côté des choses, comme disait maman. Elle n’avait qu’à utiliser la situation à son avantage. Ce qu’elle fit en allant se pelotonner contre Jean, comme… une  vraie petite sœur !

Ce soir-là, on parla beaucoup des Indiens et de leurs coutumes. C’était un sujet cher au cœur de M. de Champlain. Il racontait, avec passion, ses contacts avec les autochtones, qu’à cette époque on   appelaient des « sauvages ». Il avait  lié des amitiés profondes avec un certain nombre d’entre eux et appris tant de choses à leur contact. Il répétait souvent que rien n’aurait été possible par le passé et ne le serait dans le futur, sans leur coopération.

Fleur de Lune était très étonnée. Au Québec elle avait toujours entendu parler d’Amérindiens. Or  M. de Champlain, employait seulement les mots « sauvages », « Indiens » ou « autochtones ». Les émigrants et les marins faisaient de même.

 Elle en déduit qu’il serait plus prudent  de ne pas employer trop souvent des mots différents de ceux qu’on utilisait dans la vie de tous les jours, au XVIIe  siècle.

Elle pensa que quand elle serait  rentrée chez elle, elle allait drôlement étonner les professeurs et  même ses camarades de classe,  avec tout ce qu’elle aurait appris.

Commençant à sentir la fatigue, elle posa sa tête sur l’épaule de Jean, et tomba dans un demi-sommeil. Au moment d’aller se coucher, le jeune homme proposa à la Fée de porter la fillette jusqu’à son lit, pour ne pas la réveiller.

Ce fut un moment unique !

Comme tout le monde, Fleur de Lune avait vu des films où le marié emportait son épouse dans ses bras. Elle se fit la plus lourde possible et s’accrocha au cou de Jean.

Cette nuit-là elle fit des rêves merveilleux ! Elle aurait voulu que ce voyage durât toute la vie !                        


 A suivre…




Quel est cet endroit extraordinaire qu’on appelle le Grand Banc ?

Pourquoi les pêcheurs traversent-ils l’Atlantique pour aller y pêcher ?

Y a-t-il des dangers dans les parages ?

Vous trouverez peut-être la réponse dans la prochaine bouteille à la mer qui arrivera le 15 mai….  Le jour où vous découvrirez le  Grand Banc de Terre Neuve !




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