Sixième épisode


Résumé du chapitre précédent :

Désolées d’avoir fait de la peine au Chat, Fleur de Lune et la Fée se rendent  au dîner du capitaine. Elles  font connaissance avec les émigrants et Samuel de Champlain.
La fillette apprécie la gentillesse de ce dernier et son talent pour raconter ses voyages et ses découvertes. On ne se lasse pas de l’écouter. Le voyage promet d’être passionnant. Le dîner est délicieux,  ce sont les derniers produits frais avant les rigueurs de la traversée ! Une surprise vient couronner la soirée : un superbe gâteau d’anniversaire ! Avant d’aller se coucher,  Fleur de Lune et la Fée tentent de trouver le Chat, mais en vain, car il a pris la décision de poursuivre seul sa mission !



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Bien entendu la Fée et Fleur de Lune ne trouvèrent pas le Chat ! Comme celui-ci l’avait supposé, elles n’osèrent pas s’aventurer vers les ponts inférieurs, réservés à l’équipage.

Après avoir longtemps, très discrètement, appelé leur ami à quatre pattes, elles avaient décidé d’aller se coucher. Mais avant de prendre le chemin de  leurs « appartements » comme on disait à cette époque, elles s’étaient accoudées au bastingage pour profiter du spectacle. Seule l’écume des petites vagues jetait des traits blancs sur une mer noire comme de l’encre. Au-dessus d’elle le ciel était rempli d’étoiles. C’était une nuit magique, et Fleur de Lune pensa qu’elle n’en avait  jamais vécue de pareille !

Une fois rentrées dans leur cabine, elles se couchèrent aussitôt après un brin de toilette. A peine la tête posée sur l’oreiller, Fleur de Lune s’endormit.

 

La Fée pensa longuement au Chat Botté. Où était-il donc passé ? Il lui eut été facile de le savoir en regardant dans son miroir magique, mais elle avait décidé de ne l’utiliser qu’en cas  d’extrême urgence et ce n’en était pas une !

Quand le sommeil vint enfin la prendre, elle rêva de sa vie de fée, une vie qui lui sembla bien agréable et bien plus facile que celle des humains…

 

Quant au Chat, il ne se réveilla qu’au petit matin. Il était  trempé par l’humidité de la nuit et transi de froid. Il se sentait d’une humeur de chien et cette fois-ci le jeu de mot ne l’amusa même pas.

-«  Mauvais réveil, bougonna-t-il. »

Non loin du rouleau de cordages où le Chat avait dormi, un groupe de marins  discutaient entre eux. Il tendit l’oreille, qu’il avait très fine et se mit à l’écoute…

Une sorte de géant roux,  à la trogne violette tenait l’auditoire en haleine.

-« On  rencont’ de drôles de cocos sur les bateaux, disait-il. Mais, l’plus bizarre, c’qu’j’avais jamais vu avant, c’tait  un émigrant noble,  et savez pas la meilleure ?»

-« Non, pisque tu vas m’la dire ! » Répondit un tout jeune marin qui se mit à rire tout seul de sa plaisanterie.

-« Bien sur, gros malin, je vais t’la dire ma meilleure, c’noble-là et bin vous m’croirez jamais, continua le géant qui  faisait durer le plaisir,… »

-« On va finir par s’endormir dit un matelot qui ressemblait à Barbe Noir. »

-« Mon nobl’ à moi, repris le géant, l’était moitié blanc, moitié indien. »

-« L’avait pas honte ? dit le « pirate » 

-« Pourquoi  qui l’aurait y eu la honte ? Intervint un vieux marin qui s’était tenu jusque là à l’écart. Les indiens c’est des gens comme toi et moi. Ca fait huit ans qu’ j’ fais c’te traversée et j’suis même resté là-bas, entre deux voyages. J’les connais les autochtones. Je m’ suis mêm’ fait des amis parmi eux.  Et j’aim’ pas qu’on en dis’ du mal, compris ! Alors qu’est-c’qu’il avait de spécial ton noble métis. »

-« C’tait un marquis, répondit le géant. Et c’t’homm’ la y rêvait qu’d’une chose, r’tourner chez les « sauvages ». Y disait qu’c’était ses frères et qu’y voulait r’trouver sa tribu pour vivre avec eux. Y parait  qu’sa mère c’en était une d’autochtones comm’ tu dis. C’comm’ si  l’avait honte d’être à moitié blanc, ct’homme-là ! Un fada que j’te dis. »

-« Bah ! Moi j’ serais de la haut’,  dit le « pirate », j’te jure que j’aurais pas envie d’être aut’chos’. J’quitterais pas mes dentelles et mes bons festins  et surtout pas pour aller chasser à moitié nu avec des plumes sur la tête ! T’as raison c’est un fada. »

-« Ptet bin, dit le vieil homme, j’lai connu aussi, mais moi j’voulais comprendre. Y m’intéressait. J’m’souviens, y s’ap’lait Guillaume. Y parlait avec tout le monde, y voulait tout savoir. On était presque d’venu ami. Tout fada qu’il était, je l’aimais bien, moi ! »

-« Et qu’est-ce qu’y est dev’nu, demanda le jeune marin ? »

-« Ils l’ont bouffés pour sûr !  dit le  pirate en riant grassement. »

-« On en sait rien, répondit le géant,  enfin on sait pas grand-chose. J’en ai entendu causer  par des émigrants  qui rentraient. Y f’sait jaser ! Les derniers temps, parait qu’y  partageait son temps entr’ la colonie d’Port Royal et la recherche de sa famille.  Mais quand ceux qui avaient survécus aux hivers ont du rentrer  en France, sur ordre du Roi, sur qu’y a décidé d’rester. Y’en a qui dis’ qu’l’a disparu, p’tet bin qu’ est mort à c’t’heur !

 -« Moi, intervint le « pirate » j’connais un marchand de Brouage qu’à voulu rester lui aussi, je m’demande c’qu’y est d’venu. J’vous dis, tous des fadas ! »

Le Chat en avait assez entendu, il lui fallait absolument se dégourdir les pattes. Il sortit comme un diable de sa boite. En le voyant  tout mouillé et hirsute, les marins éclatèrent de rire. Alors, pour se venger le Chat leur souffla à la figure, comme un vulgaire matou qu’il était devenu, ce qui les fit rire de plus belle. Sale journée en perspective !

-« Vivement que ce voyage soit terminé, marmonna-t-il entre ses dents. J’ai appris pourquoi Guillaume de Carabas n’est pas sur le bateau,  je n’ai donc plus rien à découvrir. A l’avenir, je  ne ferais plus confiance à mon maître, la seule fois où il a fait lui-même les recherches il a trouvé le moyen de se tromper de dates, alors !»

A ce moment, il entendit du bruit vers les cuisines et se dit qu’il avait peut-être une chance d’avoir un bon petit déjeuner pour se remonter le moral.

Il fut vite rendu et vint se frotter contre les jambes du cuistot.

-« D’où viens-tu Minet, dit le cuisinier en riant lui aussi de le voir dans un tel état, te voilà tout mouillé ! T’es quand même pas allé prendre un bain ? Regarde je t’ai gardé un bon gros poisson frais pêché de ce matin. »

Ce disant il posa sur le sol une écuelle.

-« Quelle abomination ! marmonna le Chat. On voudrait me faire manger du poisson cru et pas vidé, en plus ! Et on m’appelle « Minet » comme un chat de gouttière!  J’aurai  connu toutes les humiliations... »

Le Chat qui avait l’habitude de manger à table, comme tout le monde, dans la belle vaisselle de son maître le marquis de Carabas, servi par des laquais en perruques et dentelles… entra dans une colère froide et maudit la Fée, Fleur de Lune  et toutes leurs semblables jusqu’à la fin des temps. Puis il réalisa qu’il mourait de faim. Alors passant par-dessus ses principes et son dégoût,  il mangea le poisson. Ce fut d’abord du bout des babines, puis à pleines dents, et, à son grand étonnement, il  trouva ce repas délicieux.

On a beau être le Chat Botté on s’aperçoit parfois qu’on n’en  est pas moins  chat !…

Quand il eut fini, il remercia le jeune cuistot, son nouveau maître, d’un regard reconnaissant et d’un ronron tonitruant. Puis, enfin calmé, il se dit sagement qu’après tout, il vivait une nouvelle expérience. Il était en train de redevenir un chat, un vrai chat, tout simplement.

Le ventre bien rempli, il retourna donc dormir, cette fois-ci au chaud dans la cale, au risque de salir son beau pelage blanc qui commençait d’ailleurs de virer au gris. Il alla s’installer sur des ballots de laine, loin de l’agitation, des cris et des chants des marins et se dit que son enquête pouvait bien attendre !...

 

A suivre…



Le Chat va-t-il bouder pendant tout le voyage ?

Comment la Fée et Fleur de Lune
s’y prendront-elles pour se réconcilier avec lui ?

Maintenant que nos trois amis savent que Guillaume n’est pas sur le Don de Dieu, que vont-ils faire en attendant d’arriver à Tadoussac ?

Guillaume sera-t-il au dîner ?

Vous trouverez peut-être la réponse dans la prochaine bouteille à la mer qui arrivera le 25 avril…



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