Troisième épisode


Résumé du chapitre précédent :

Dans l’épisode précédent Le Chat a raconté à Fleur de Lune la belle  histoire d’Elisabeth la jeune « Indienne »et de Marguerin de Carabas ! Après avoir été élevés ensemble, ils étaient tombés amoureux l’un de l’autre, et s’étaient mariés. Puis, il  avaient  décidé de s’installer au pays de Canada. Hélas, le Royaume de France a pendant  très longtemps cessé de financer les expéditions vers  l’Amérique du Nord, à cause des guerres de religions et de bien d’autres problèmes… Elisabeth mourut avant d’avoir réalisé son rêve, mais son fils Guillaume tint la promesse qu’il lui avait faite : retourner au pays de ses ancêtres. Il semble qu’il soit parti avec Samuel de Champlain en 1608 sur le Don de Dieu.
Il ne reste plus, à nos deux amis, qu’à remonter le temp. Bonne idée,, mais comment  ?… Epuisé par ce long récit, le Chat s’endort, alors que Fleur de Lune vient juste de  trouver la solution….


  Page précédente   Page suivante 

Pendant que le Chat dormait, Fleur de Lune, après avoir réfléchi intensément, ne voyait qu’une seule solution : demander l’aide de sa marraine.

Fleur de Lune n’avait pas eu besoin de l’appeler, à l’instant même, la fée était apparue !... Mais, à la grande surprise de la fillette, elle n’avait pas son costume de fée. Elle était habillée comme une grande dame du début du XVIIème siècle prête à partir. Elle avait l’air de sortir tout droit du livre d’Histoire de l’école de Fleur de Lune, à la page des Voyages de Samuel de Champlain.

-« Comment me trouves-tu, petite Fleur avait demandé la Fée. »

-« Vous êtes magnifique avait répondu la fillette avec enthousiasme. »

En lui caressant tendrement les cheveux, la Fée avait répondu :

-« Tu es adorable !
 Nous allons donc, tous les trois, remonter le temps, et nous retrouverons ce cher Guillaume. Je te promets un voyage extraordinaire en compagnie de Monsieur de Champlain et de ceux qui l’accompagnaient dans cette expédition.

Fleur de Lune avait alors sauté au cou de sa marraine en disant :

-« Oh ! Merci. Sans vous, nous n’y serions pas arrivés. Mais où sont vos bagages ? »

-« Nos malles sont déjà sur le bateau, avait répondu la Fée. Je les ai fait porter par nos domestiques. Dans cette aventure, je serai ta marraine, tout comme maintenant, ça ne te changera pas trop.»

-« C’est merveilleux, je n’arrive pas y croire s’était écriée Fleur de Lune, toute émue. »

-« Il va pourtant falloir faire un effort, avait répondu la Fée avec un sourire entendu, sinon rien ne pourra exister.»

Puis faisant mine d’être étonnée, elle avait ajouté :

-« Mais je constate que tu n’es pas habillée, tu ne vas quand même pas faire un aussi long voyage, en pyjama ! »

A l’instant même, la Fée avait sorti de son sac sa baguette pliante de voyage et avait transformée Fleur de Lune en une ravissante gravure de mode du XVII ème siècle. Inutile de dire qu’elle s’était trouvée très jolie. Elle aurait même volontiers passé toute la soirée à se regarder dans la glace. Seulement voilà, il y avait des choses plus importantes que de s’admirer. Par exemple qu’allait devenir le Chat Botté dans cette histoire ? Il fallait mettre cela au clair tout de suite et questionner la Fée à ce sujet :

-« Dites-moi marraine, j’espère que nous n’allons pas abandonner le Chat ? C’est quand même sa mission ! »

-« Nous l’emmenons avec nous, bien sûr, avait répondu la Fée avec un sourire malicieux. Mais… je vais devoir le transformer en chat du bord. Cela ne va sûrement pas lui plaire. Son travail sera de chasser les souris et les rats dans la cale. Lui qui est habitué au luxe du château de son Maître, je crains qu’il ne connaisse des moments difficiles. Hélas ! je ne vois pas comment faire autrement. »

-« Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? avait hurlé le Chat en se levant d’un bond. Ma parole, la Fée, vous avez oublié que les chats ne dorment que d’un œil. Alors je me serais donné tout ce mal pour finir comme un vulgaire matou, à courir derrière des rats et des souris sur un de ces navires inconfortables. Parce que je me suis documenté, moi, Madame la Fée, et je ne sais pas si vous imaginez bien ce qui vous attend sur ce galion de malheur. Vous allez peut-être regretter les croisières modernes, je vous le dis, foi d’animal, intérêts et principal…. »

-« Le voilà reparti dans ses fables de Lafontaine ! » avait dit la Fée en riant. Tu ne m’apprends rien sur les navires de cette époque. Je sais très bien ce qui nous attend. Maintenant si tu ne veux pas être chat du bord, je peux te transformer en homme, tu seras mon laquais. Après tout, tu es bien celui de ton Maître. »

-« Je ne suis pas son laquais, je suis son Intendant, ce n’est pas la même chose avait répondu vivement le Chat de plus en plus furieux. Je n’ai pas du tout envie d’être transformé en homme et encore moins en domestique. »

-« Il n’y a pas de sot métier monsieur le Chat, lança la Fée, il n’y a que de sottes gens. Tu connais ce proverbe, je pense ? Maintenant il faut choisir, mon cher ami, nous perdons notre temps en tergiversations. »

-« En quoi ? demanda Fleur de Lune. »

-« En discussions, en hésitations, si tu préfères, avait expliqué la Fée. Si cela continue nous allons rater le départ. Certes nous pourrions arriver sur le bateau pendant la traversée, par magie, mais pour une fois, j’ai décidé de m’en passer, sauf en cas d’extrême urgence. Nous allons vivre comme tout le monde. Ce sera très amusant. »

Puis elle, s’était adressée à Fleur de Lune :

-« A partir de maintenant, tu te prénommes Isabelle. Tu pars rejoindre ton père, un certain Monsieur Hébertet, riche négociant en peaux, parti s’installer au Canada après ta naissance. Ta pauvre Maman est morte en te mettant au monde et c’est ta marraine et tutrice, Agathe de Mallor, c'est-à-dire moi dans cette histoire, qui t’a élevée.

-« C’est quoi une tutrice ? » Avait demandé Fleur de Lune.

-« C’est quelqu’un qui prend la responsabilité d’un enfant jusqu’à sa majorité, avait répondu la Fée. Il y a quelques mois, ton père, enfin ce M. Hébertet, a, dans une de ses lettres, exprimé le souhait que tu viennes le rejoindre en Nouvelle-France. Ta marraine, Agathe de Mallor a donc décidé d’émigrer dans ce nouveau pays avec toi. Elle ne pouvait t’abandonner après t’avoir aimée comme une mère pendant toutes ces années! A vrai dire, elle ne s’imaginait pas  vivre sans toi, et je la comprends. »

Fleur de Lune s’était jetée dans les bras de la Fée et tout émue, elle lui avait murmuré à l’oreille :

-« Je vous aime comme une vraie marraine, comme une seconde maman. »

-« Mais je suis ta vraie marraine. » avait répondu la Fée,  attendrie.

Le Chat avait la larme à l’œil lui aussi, mais, par pudeur, il fit semblant de dormir.

Ce moment de tendresse et d’émotion passé, la Fée après avoir hésité un moment, avait prit Fleur de Lune à part :

-« Je dois t’avouer que nous partons un peu à l’aventure, car depuis ce dernier courrier, on est sans nouvelle du père d’Isabelle. Il aurait dû rentrer avec les derniers survivants de Port Royal*. On suppose qu’il est resté à Tadoussac, un petit port par lequel transite tout le commerce de fourrures, c’est là que nous devons le retrouver. »

-« Mais il va bien s’apercevoir que je ne suis pas sa fille. » avait alors remarqué Fleur de Lune soudain très inquiète.

-« Elle avait à peine six mois quand il l’a vue pour la dernière fois, avait rétorqué la Fée. »

-«Vous voulez dire qu’il n’est jamais revenu la voir ? » Avait interrogé Fleur de Lune très étonnée.

-« Je pense qu’il a fui tout ce malheur, avait répondu la Fée. Peut-être a-t-il pensé au début que cette enfant était responsable de la mort de sa femme. Cela arrive parfois. Mais il a sûrement fini par lui pardonner. Sinon pourquoi aurait-il exprimé le désir de la faire venir en Nouvelle France ? Il a bien dû se rendre compte qu’elle n’y était pour rien, la pauvre enfant ! Quant à la question de savoir si ce M. Hébertet dont tu serais devenu la fille va te reconnaître ou non, cette question ne se posera que si nous le retrouvons… »

Fleur de Lune s’était demandé avec terreur si elle avait bien entendu. Et sans plus attendre, elle avait posé la terrible question :

-« Vous n’êtes pas sûre, de le retrouver ? »

La Fée, voulant la rassurer, avait répondu :

-«Il n’y a apparemment aucune raison pour que nous ne le trouvions pas sur le quai de Tadoussac. »

-« C’est déjà assez triste pour Isabelle de ne plus avoir de mère, avait constaté tristement Fleur de Lune, il ne manquerait plus qu’elle ait perdu son père. Vous me proposez là un drôle de jeu des sept familles… J’aurais préféré… »

-« Alors maintenant, si rien ne vous plîit à tous les deux, je vais retourner chez moi ! avait lancé la Fée prête à se mettre en colère. Nous ne partons pas en vacances, nous avons une mission à remplir, je suis désolée d’avoir à vous le rappeler… si vous ne voulez plus y aller, il serait temps de le dire !... »

Puis s’adressant au Chat elle avait ajouté :

-« Pas besoin de faire semblant de dormir, je sais que tu as tout entendu. »

Fleur de Lune et le Chat avaient eu l’air si décontenancés, que la Fée avait éclaté de rire, puis elle avait conclu :

-« Allons tout ceci n’est qu’un rêve. »

Fleur de Lune s’était dit en elle-même qu’il ne faudrait quand même pas que le rêve tourne au cauchemar. Elle pourrait s’habituer, si c’était nécessaire, à être orpheline, puisque ce n’était pas pour de vrai.

Mais qu’allait devenir le pauvre Chat Botté, tout seul dans la cale ? Elle s’était donc dirigée vers lui, pour le consoler, mais il l’avait repoussée d’un geste digne.

 

-« Puisque c’est comme cela, avait-il ronchonné derrière ses moustaches, je serais chat du bord, mais ne comptez pas sur moi pour vous être utile pendant le voyage. Et la prochaine fois que vous me verrez dormir, ne venez pas me réveiller s’il vous plait, les trois quart du temps je ne fais pas semblant ! »

-« Tu as tort, avait rétorqué la Fée avec un petit sourire, tu seras notre espion sur ce bateau. Qui se méfierait d’un simple chat du bord. Tapi dans un coin, tu pourras tout écouter, tout épier. Et chaque jour, tu feras semblant de venir nous voir, pour te faire caresser par exemple et tu nous exposeras les résultats de ton enquête. »

En écoutant la Fée, le Chat réalisa qu’on lui donnait une mission de confiance, peut-être même la mission la plus importante de l’expédition. Fort de cette certitude il avait lancé fièrement :

-« Je ne vous décevrai pas, parole de Chat Botté. »

-« Tu as enfin compris, avait dit gentiment la Fée. Dans quelques secondes tu seras sur le vaisseau de M. de Champlain, transformé en chat ordinaire. Après l’embarquement nous te retrouverons sur le pont. Un chat ça se faufile partout ! »

 

Sitôt dit, sitôt fait, en un coup de baguette magique le Chat Botté avait disparu.

Au même instant Fleur de Lune et la Fée traversèrent le temps pour se retrouver sur le quai du port de Honfleur. On était en 1608, très exactement, le 13 du mois d’avril, comme on disait en ce temps-là. Elles s’apprêtaient à embarquer sur le « Don de Dieu » en compagnie de Samuel de Champlain, responsable de l’expédition et d’un certains nombre d’autres personnes qu’elles allaient découvrir pendant le voyage.

(Voir la liste des passagers)

A suivre...

 



Comment Fleur de Lune et la Fée vont-elles
s’adapter à la vie sur le « Don de Dieu » ?

Où seront-elles logées ?

Et comment le Chat va-t-il s’habituer à sa nouvelle condition de chat du bord ?

Réponses au prochain épisode... le 19 Avril



  Page précédente Retour à l'accueil       Page suivante 
 



Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :